Martignolles

Un loup-garou courait chaque nuit dans un même quartier, et tous les soirs on l’entendait qui léchait le fond de l’auge près d’une maison. On accusait un dénommé Martignolles d’être ce loup-garou. Le maître de la maison guettait ce chien, et il avait un gendre qui habitait chez eux. Un jour il lui dit :

– Ce soir, il nous fait attraper le loup-garou. Tu vas placer l’auge là, derrière le trou à paître, et tu te caches. Quand le chien sera devant l’auge, ferme vite la porte de l’étable.

Tout se passa fort bien. Aussitôt le chien enfermé, le beau-père arriva, portant une grande chandelle de résine.

– Ah ! Fils de garce de Martignolles, je t’ai attrapé à la fin ! Je t’ai attrapé ! Tiens, je vais te faire cuire un peu ! »

Et, avec la chandelle de résine, il lui brûla toutes les babines. Le chien avait le museau tout plein de cloques, c’était affreux à voir ; et il poussait de tels hurlements que le maître dit à son gendre :

– Lâche-le maintenant, et laisse-le aller. Il souffle si fort que j’ai peur qu’il nous démolisse la maison !

Le lendemain, après manger, ils partent tous deux en direction de l’auberge que tenait le dénommé Martignolles.

– Bonjour, dirent-ils à la patronne. Où est donc le maître ?
– Oh ! dit-elle d’une voix toute douce. Il est allé garder les brebis. Il est malade, tiens !
– Ah, il est malade !
– Oh oui ! Les brebis se sont prises dans les broussailles, et lui, en allant les retirer, il s’est égratigné tout le visage.

Juste à ce moment, l’homme arrivait. Son visage était en effet tout boursouflé.

– Les brebis se sont mises dans les ronces… En allant les sortir de là, je me suis égratigné les joues.

Puis en observant le beau-père qui se tenait là, il dit :

– Tu est un méchant homme … Toi et ceux de chez toi… Je ne vous aime pas.
– Et quand m’as-tu trouvé méchant, moi, pauvre homme ? dit l’autre.
– Tu es un méchant homme, je ne t’aime pas, je ne t’aime pas, je ne t’aime pas !

Alors après ça, vous pensez…

-Je vous avais dit qu’il était loup-garou. Je lui ai brûlé les babines. Ai-je menti ?

Et tout le monde dut bien reconnaître que ce Martignolles était bien un loup-garou pourri.

 

Félix Arnaudin

Illustration, Journal et choses de la Grande Lande, Félix Arnaudin