Les amants pourchassés

Pour perpétuer sa lignée, un pêcheur basque installé sur la côte nord du Saint-Laurent destinait sa fille unique à un chef indien; il voulait qu’elle donnât le jour à un enfant de grande nature qui continuerait de tirer du poisson de la mer. Mais elle s’éprit plutôt d’un trappeur anglais, et tous deux, pour échapper à la vengeance des dieux, se cachèrent en forêt pendant tout l’hiver. Au printemps, ils se mirent en route pour aller faire bénir leur mariage par le missionnaire de Tadoussac. Un après-midi, alors qu’ils approchaient des rives du Saint- Laurent, le soleil brillait avec tant d’ardeur qu’il enflamma les arbres de la forêt où se trouvaient les amants. Environnés de toutes parts par les flammes, ils coururent vers le fleuve et se jetèrent dans l’embouchure du Saguenay. Un voyageur qui les retrouva blessés et mourants sur la rive les transporta avec grande peine dans un champ éloigné où il leur prodigua des soins.

Bien qu’affligés d’infirmité, une fois suffisamment rétablis, ils se remirent en route pour se rendre à une mission sur les bords du Saint-Laurent. Par une froide journée d’automne, ils trouvèrent enfin un prêtre qui, après avoir réuni des témoins, s’apprêtait à les unir dans le mariage. Soudain, le ciel s’obscurcit et les animaux coururent se cacher. Bien qu’il fit jour, la noirceur se répandit, la terre se mit à trembler et à se craqueler. Lorsque le calme se rétablit et que la lumière revint, le prêtre s’aperçut que les Eboulements avaient surgi de terre. Il chercha en vain les deux amoureux, mais jamais plus ils ne furent revus. Depuis, des voyageurs distinguent parfois au-dessus de la Baie une belle princesse basque qui désespère, cherchant vainement son futur époux sur les eaux.



Source

Illustration

Les amants pourchassés — 1983 huile sur toile; 30,4 x 35,5 cm collection M. Gagné, Sainte-Foy