Le coffre au trésor

À Saint-Denis, toute la nuit, les pans de mur des maisons avaient été fouettés par une pluie froide poussée par des rafales de vent. Lorsque les gens de la côte s’éveillèrent, ils furent surpris d’apercevoir un bâtiment éventré sur la rive. Peu de temps par la suite, le bruit courut que le capitaine avait survécu et qu’on l’avait vu passer sur les routes du Bas-du-Fleuve, regagnant à pied son village.

Un vieux pêcheur qui s’était approché des débris du navire, ayant vu la terre fraîchement bouleversée, pensa qu’un trésor y avait été enterré. Par une nuit claire, accompagné de trois hommes qui en garderaient le secret, il se mit à creuser le sol. Ils avaient bien vidé la fosse de moitié quand leur fanal s’éteignit. Impossible de le rallumer; le feu vascillait et mourait au bout d’un moment. Le lendemain, s’étant fait bénir par le curé dans l’espoir de retourner creuser en paix, ils ne purent même pas s’approcher du lieu; un homme de haute taille les attendait. Armés de courage, ils s’y rendirent un troisième soir et finirent par atteindre le fond de la tranchée. Ils y trouvèrent un coffre de fer qui ne contenait que de vieux morceaux de vaisselle. Ils enterrèrent le coffre en jurant de ne jamais révéler leur aventure.

Un soir, tard dans l’automne, un mendiant frappa à la porte du vieux pêcheur et demanda à coucher. Pendant la soirée, il révéla qu’un trésor constitué de pièces d’or était enfoui sur la grève et que jamais personne ne se l’approprierait, puisque le diable donne aux pièces l’aspect de vieille vaisselle lorsqu’on les déterre et qu’il change le trésor de place chaque fois qu’on le repère. Il révéla encore que selon la coutume, le capitaine du navire avait tué un marin et l’avait enterré près du coffre pour le garder.

 



Le coffre au trésor — 1983
huile sur toile; 40,6 X 50,8 cm
collection C. Dubé, Sainte-Foy