Le cheval et le cerf

Les habitants d’Himère avaient élu Phalaris général en chef, avec pleins pouvoirs, et se préparaient à lui donner une garde du corps. Stésichore, entre autres discours, leur raconta cette fable : Un cheval avait une prairie à lui seul. Un cerf y vint qui endommagea le pâturage. Le cheval voulut s’en venger et demanda à l’homme s’il pourrait, avec son aide, punir le cerf.

L’homme répondit qu’il le pouvait, mais à condition que le cheval acceptât un mors et le laissât lui-même monter sur son dos, armé de javelots. Marché conclu, l’homme monte et le cheval, au lieu d’obtenir vengeance, devient l’esclave de l’homme. Et vous aussi, ajouta Stésichore, craignez, en voulant tirer vengeance de vos ennemis, d’éprouver le sort du cheval. Vous avez déjà le mors puisque vous avez élu un chef avec pleins pouvoirs ; si vous lui donnez une garde, si vous laissez Phalaris vous monter sur le dos, dès ce moment vous serez ses esclaves.

 

Le Cheval qui n’avait point encore été dompté par le mors ni par la bride, se plaignait un jour à un Paysan d’un Cerf qui venait manger l’herbe dans un Pré où il paissait, et le pria de l’aider à en tirer vengeance.

“Je le veux bien, dit le Paysan, à condition que vous ferez tout ce que je vous dirai. ”

Le Cheval y acquiesça.

Alors le Paysan profitant de l’occasion, lui mit sur le dos une selle et un mors à la bouche. Il monta dessus, et poursuivit le Cerf avec tant d’ardeur, qu’il l’atteignit et le tua. Le Cheval hennissait de joie, se voyant si bien vengé, et ne craignant plus les insultes du Cerf.

Mais le Paysan qui connut combien le Cheval lui pouvait être utile dans la suite, au lieu de le mettre en liberté, le conduisit chez lui, l’attacha à une charrue, et le fit servir à labourer la terre.