L’âne et le chien

Un homme qui avait un chien de Malte et un âne jouait constamment avec le chien. Allait-il dîner dehors, il lui rapportait quelque friandise, et, quand le chien s’approchait la queue frétillante, il la lui jetait. Jaloux, l’âne accourut vers le maître, et se mettant à gambader, il l’atteignit d’un coup de pied. Le maître en colère le fit reconduire à coups de bâton et attacher au râtelier.

Cette fable montre que tous ne sont pas faits pour les mêmes choses.

 

Un âne et un chien faisaient route ensemble. Ils trouvèrent à terre une lettre cachetée. L’âne la ramassa, rompit le sceau, l’ouvrit et la lut de manière à être entendu du chien. Il y était question de pâture. je veux dire de foin, d’orge et de paille. Le chien s’ennuyait pendant la lecture de l’âne ; aussi lui dit-il : « Descends de quelques lignes, très cher ; peut-être trouveras-tu dans la suite quelque chose qui se rapporte à la viande et aux os. » L’âne ayant parcouru tout l’écrit, sans rien trouver de ce que le chien cherchait, celui-ci reprit la parole : « Jette ce papier à terre, ami ; car il est tout à fait insignifiant. »

Le Chien flattait son Maître, et le Maître y répondait en le caressant de son côté. Ces caresses réciproques donnèrent de la jalousie à l’Âne, qui était maltraité et battu de tous ceux de la maison. Ne sachant quelles mesures prendre pour soulager sa misère, il s’imagina que le bonheur du Chien ne venait que des caresses qu’il faisait à son Maître, et que s’il le flattait aussi de la même sorte, on le traiterait comme le Chien, et qu’on le nourrirait de même de viandes délicates. Quelques jours après, l’Âne ayant trouvé son Maître endormi dans un fauteuil, voulut venir le flatter, et lui mit les deux pieds de devant sur les épaules, commençant à braire, pour le divertir par une mélodie si harmonieuse. Le Maître réveillé par ce bruit, appela ses Valets, qui chargèrent l’Âne de coups de bâton, pour le récompenser de sa civilité, et des caresses trop rudes qu’il avait faites à son Maître.

 

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ESOPE. – Recueil de Fables d’Esope. Ouvrage destiné à l’Instruction et à l’Amusement des Enfans ; orné d’une gravure à chaque Fable. Par Augustin Legrand. – Paris : Debray, libraire, Palais du Tribunat, Galerie de Bois ; Legrand, 8 place du Muséum, An 9-1801, in 12 obl., 98 p. avec les planches qui ne sont pas paginées.
Illustrations : frontispice et 50 planches gravées. Frontispice : Esope, deux enfants et des animaux



Texte:

1-ESOPE. – Esope en bel humeur, ou fables d’Esope, en vaudevilles, avec gravures par Augustin Legrand ; et calendrier pour la présente année. Dédié à l’aimable jeunesse. – Paris : Batilliot frères, imprimeurs-libraires, 11 rue du Foin St.-Jacques. Se trouve aussi chez les marchands de nouveautés, [ca. 1825], in 16, 61 p. de texte et 61 p. de planches.
Illustrations : frontispice sur une double page et 61 planches gravées illustrant les fables
Frontispice :
” Mon livre en ces jours de fêtes
Ne convient pas aux seuls enfants
Le sage, même à cinquante ans
Proffite à l’école des Bêtes “