La Dame aux glaïeuls

On ne la vit jamais pendant le jour; elle descendait toujours de nuit dans un rayon de la nouvelle lune et se reflétait sur les eaux du fleuve.

Un soir, alors qu’un vieux canotier entreprit de transporter sur le fleuve madame Houel et son jeune fils, ils étaient partis de la basse-ville de Québec et faisaient route vers le Bas-du-Fleuve depuis quelques heures. Lorsque la nouvelle lune se dégagea des nuages, l’enfant se réveilla en sursaut, demandant à sa mère si elle ne voyait pas, marchant sur les eaux, une femme vêtue de blanc. Le vieil homme dit alors que les enfants perçoivent toujours le danger les premiers; et que cet esprit malin était la Dame aux glaïeuls. Sentant le lever du jour venir, le canotier voulut s’approvisionner de viande pour le déjeuner et il alla vers la rive et descendit surprendre des oiseaux de grève. Lorsqu’il revint à la barque, elle était vide; ses deux amis étaient disparus. Quelques lieues plus bas, il fut attiré par des lamentations. Il aperçut la mère pendue à un arbre et son fils étendu sur le sol, mourant. Le garçon raconta alors qu’ils avaient été attirés par une grande dame qui arriva à eux au milieu d’un ruissellement de gouttelettes d’eau et qu’elle s’était emparé d’eux. Elle avait des yeux verts et des cheveux noirs qui volaient au vent. Sa figure couleur de cuivre se dégageait d’un halo lumineux. Vue de près, elle souriait de satisfaction.

Les enfants craignent toujours depuis d’aller sur la grève à la nouvelle lune.




Illustration

La Dame aux glaïeuls — 1983. huile sur toile; 30,4 X 40,6 cm, collection D. Rodrigue, Saint-Joseph