Des huiles essentielles aux propriétés antimicrobiennes!

Voici une transcription d’un article intéressant trouvé dans L’actualité alimentaire Vol. 4 No 2 sur les huiles essentielles et les propriétés antimicrobiennes par Stéphane Caillet, Ph.D., et Monique Lacroix, Ph.D.

 

Les qualités antimicrobiennes des plantes aromatiques et médicinales, qui existent grâce à la fraction d’huile essentielle contenue dans les plantes, sont connues depuis l’Antiquité. Toutefois, il aura fallu attendre le début du XXe siècle pour que les scientifiques commencent à s’y intéresser. De manière générale, il existe aujourd’hui approximativement 3 000 huiles, dont environ 300 sont réellement commercialisées et destinées principalement à l’industrie des arômes et des parfums. Mais la tendance actuelle des consommateurs à rechercher une alimentation plus naturelle a entraîné un regain d’intérêt des scientifiques pour ces substances, notamment en ce qui concerne la salubrité des aliments.

 

Les huiles essentielles sont des substances odorantes concentrées, obtenues à partir de plantes par entraînement à la vapeur d’eau (hydrodistillation) ou par expression (pression à froid). Le terme « huile essentielle » a été inventé au XVIe siècle par le médecin suisse Parascelsus von Hohenheim pour désigner le composé actif d’un remède naturel. Depuis deux décennies, des études ont été menées sur le développement de nouvelles applications et l’exploitation des propriétés naturelles des huiles essentielles dans le domaine alimentaire.

Des agents naturels pour la conservation des aliments

Les effets antimicrobiens de différentes espèces d’herbes et d’épices sont connus depuis longtemps et mis à profit pour augmenter la durée de vie des aliments. Ainsi, les huilles essentielles et leurs composants, actuellement employés comme arômes alimentaires, sont également connus pour posséder des acitvités antimicrobiennes et pourraient donc servir d’agents de conservation alimentaires, d’autant plus qu’ils sont, pour la plupart, classés « généralement reconnus comme sains » (Generally Recognized As Safe : GRAS) ou approuvés comme additifs alimentaires par la Food and Drug Administration (FDA). Ils n’ont, par conséquent, pas besoin d’autorisation d’emploi dans les aliments. Toutefois, des études préalables sont cependant nécessaires afin de mieux cerner leur activité antimicrobienne.

Des propriétés antimicrobiennes importantes

Les huiles essentielles ont un spectre d’action très large puisqu’elles inhibent aussi bien la croissance

des bactéries que celles des moisissures et des levures. Leur activité antimicrobienne est principalement fonction de leur composition chimique, et en particulier de la nature de leurs composés volatils majeurs. Elles agissent en empêchant la multiplication des bactéries, leur sporulation et la synthèse de leurs toxines. Pour les levures, elles agissent sur la biomasse et la production du pseudomycélium alors qu’elles inhibent la germination des spores, l’élongation du mycélium, la sporulation et la production des toxines chez les moisissures.

Une efficacité remarquable

Notre équipe, constituant le Laboratoire de recherche en sciences appliquées à l’alimentation (RESALA) de l’INRS-Institut Armand-Frappier, travaille depuis 16 ans au développement de traitements technologiques permettant de réduire l’incidence des bactéries pathogènes dans les produits alimentaires. Nous avons utilisé des traitements physiques et des composés antimicrobiens naturels (huiles essentielles) pour étudier la cinétique d’inhibition et la survie de bactéries pathogènes (Escherichia coli, Salmonella spp., Staphylococcus aureus, Listeria monocytogenes, etc.) et de bactéries d’altération des aliments (Pseudomonas, Serratia liquefaciens, Lactobacillus curvatus, Lactobacillus sake, etc.). De récentes études pratiquées sur plus d’une centaine d’huiles essentielles et de composés d’arômes nous ont permis de sélectionner une trentaine d’huiles dirigées spécifiquement contre les quatres bactéries pathogènes les plus répandues et contre la bactérie de détérioration la plus couramment trouvée dans les aliments.