De l’aigle et de la corneille

Un Aigle voulant manger une huître, ne pouvait trouver moyen, ni par force, ni par adresse, de l’arracher de son écaille. La Corneille lui conseilla de s’élancer au plus haut de l’air, et de laisser tomber l’huître sur des pierres pour la rompre. L’Aigle suivit ce conseil. La Corneille qui était demeurée en bas pour en attendre l’issue, voyant qu’il avait réussi, se jeta avidement sur le poisson qu’elle avala, ne laissant à l’Aigle que les écailles pour le prix de sa crédulité.

 

Ung Aigle avoit prinse une huistre à l’escaille,
Et ne pouoit la rompre ne casser
Par son effort, mais la Corneille malle,
Qui à tromper ne faisoit que penser,
Dict : « Sy tu veulx ton escaille froisser,
Volle bien hault, laisse la cheoir en terre,
Il ne fauldra jamais recommencer,
Car en tumbant rompra sur ceste pierre. »

Fut dict, fut faict. L’Aigle prend sa vollée
Tout au plus hault, puis laisse en terre basse
L’huystre tumber ; sy viste est dévalée
Contre le roch qu’en deulx elle se casse.
Mais la Corneille incontinent amasse
L’huystre qui est dehors de sa coquille.
Par quoy de dueil quasi l’Aigle trespasse,
En menassant la Corneille subtille.

Il ne fault pas croire sy de legier,
N’adjouster foy à tout conseil qu’on donne ;
Sy par conseil tu veulx ton faict renger,
Avant que faire, advise la personne
Qui te conseille, et de ton cas ordonne :
Car maintenant chascun conseille aultruy
Sy fainctement que qui s’y habandone
Void son dommaige en fin tumber sur luy.

 

Illustrations:

Haut de page:

ESOPE. – Recueil de Fables d’Esope. Ouvrage destiné à l’Instruction et à l’Amusement des Enfans ; orné d’une gravure à chaque Fable. Par Augustin Legrand. – Paris : Debray, libraire, Palais du Tribunat, Galerie de Bois ; Legrand, 8 place du Muséum, An 9-1801, in 12 obl., 98 p. avec les planches qui ne sont pas paginées.
Illustrations : frontispice et 50 planches gravées. Frontispice : Esope, deux enfants et des animaux



Texte:

ESOPE. – Esope en bel humeur, ou fables d’Esope, en vaudevilles, avec gravures par Augustin Legrand ; et calendrier pour la présente année. Dédié à l’aimable jeunesse. – Paris : Batilliot frères, imprimeurs-libraires, 11 rue du Foin St.-Jacques. Se trouve aussi chez les marchands de nouveautés, [ca. 1825], in 16, 61 p. de texte et 61 p. de planches.
Illustrations : frontispice sur une double page et 61 planches gravées illustrant les fables
Frontispice :
” Mon livre en ces jours de fêtes
Ne convient pas aux seuls enfants
Le sage, même à cinquante ans
Proffite à l’école des Bêtes ”