Cant voi l’aube du jour venir

Cant voi l’aube du jour venir,
Nulle rien ne doi tant haïr,
K’elle fait de moi departir
Mon amin, cui j’ain per amors.
Or ne hais riens tant com le jour,
Amins, ke me depairt de vos.
Je ne vos puis de jor veoir,
Car trop redout l’apercevoir,
Et se vos dit trestout por voir
K’en agait sont li enuious.
Or ne hais riens tant com le jour,
Amins, ke me depairt de vos.

Quant je me gix dedens mon lit
Et je regairde encoste mi,
Je n’i truis point de mon amin,
Se m’en plaing a fin amerous.
Or ne hais riens tant com le jour,
Amins, ke me depairt de vos.

Biaus dous amis, vos en ireis ;
A deu soit vos cors comandeis
Por Deu vos pri, ne m’oblieis !
Je n’ain nulle rien tant com vos.
Or ne hais riens tant com le jour,
Amins, ke me depairt de vos.

Or pri a tous les vrais amans
Ceste chanson voixent chantant
Ens en despit des medixans
Et des mavais maris jalous.
Or ne hais riens tant com le jour,
Amins, ke me depairt de vos.

Quand je vois l’aube du jour venir
Il n’est rien que je doive autant haïr
Car elle fait loin de moi partir
Mon ami, que j’aime par amour.
Or je ne hais autant que le jour,
Ami, qui me sépare de vous.
Je ne peux pas au jour vous voir
Car je redoute trop d’être aperçue.
Je vous l’affirme, c’est pour nous voir,
Que les envieux sont à l’affût.
Or je ne hais autant que le jour,
Ami, qui me sépare de vous.

Quand je suis dans mon lit allongée
Et que je regarde à mon côté,
Je n’y retrouve pas mon ami,
Et je m’en plains aux amoureux parfaits.
Or je ne hais autant que le jour,
Ami, qui me sépare de vous.

Beau doux ami, vous partirez ;
Qu’à Dieu soit votre corps recommandé
Par Dieu, je vous prie de ne pas m’oublier !
Je n’aime rien autant que vous.
Or je ne hais autant que le jour,
Ami, qui me sépare de vous.

Alors je prie les vrais amants
Qu’ils chantent ceci en cheminant
Et ce en dépit des médisants
Et des mauvais maris jaloux.
Or je ne hais autant que le jour,
Ami, qui me sépare de vous.




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