Thé : histoires, contes et légendes

Thé
Thé

Thé : histoires, contes et légendes

Avec plus de 5000 ans d’histoire, les légendes et autres histoires autour du thé sont nombreuses. Elles varient selon les pays, de la Chine au Japon en passant par l’Inde et sont intimement liées aux cultures religieuses, bouddhistes par exemple, ou aux grands personnages de l’époque.

 

Shennong
Shennong

En 2737 avant notre ère quelque part en Chine, et plus précisément sous un arbre, se reposait un étrange empereur: Shennong, le « laboureur divin ». Son corps était humain, sa tête était celle d’un buffle et son être avait, semble-t-il, quelque chose de divin. Il fait partie des Trois Augustes avec Fuxi découvreur des trigrammes et de la divination et Huangdi qui instaura les noms de familles, les rites… Shennong, lui, apporta au peuple chinois l’agriculture (et notamment le riz, le soja, le millet, le blé, le sorgho). Toutefois pour que les Chinois puissent aller au champ il fallait veiller à leur santé. C’est ce qu’il fit: il créa également cette médecine préventive, principalement à base de plantes, la médecine chinoise de l’époque. Nous lui devons ainsi le Shennong Bencao qui est le premier herbier de Chine.

 

Thé histoires, contes et légendes
Thé histoires, contes et légendes

Ce jour là Shennong était donc, modestement, assis au pied d’un arbre sauvage. Certains racontent qu’à la suite de recherches sur les plantes il s’était intoxiqué. Il faisait bouillir de l’eau, afin de la purifier, lorsqu’une bise se leva et fit tomber deux-trois feuilles dans cette eau frémissante. Il la vit alors changer de couleur et fut réjoui du parfum qui s’en dégageait. Il décida de goûter et découvrit un breuvage à la fois riche en arômes et aux nombreuses vertus, dont celle d’aider à la désintoxication.

 

Bodhi Dharma
Bodhi Dharma

En Inde, une autre légende, cette fois, raconte que le prince Bodhi Dharma , troisième fils du roi Kosjuwo, fut touché par la grâce et décida de quitter son pays pour aller prêcher en Chine les préceptes de Bouddha. Pour se rendre plus digne d’une telle mission, il fit vœu de ne pas dormir pendant les neuf années de son périple. Vers la fin de la troisième année pourtant, il fut pris de somnolence et allait succomber au sommeil lorsque, cueillant par hasard quelques feuilles d’un théier sauvage, il les mordit machinalement. Les vertus tonifiantes du thé firent aussitôt leur effet : Dharma se ragaillardit et puisa dans ces feuilles la force de rester éveillé pour les six dernières années de son apostolat.

Au Japon, l’histoire serait un peu différente : au bout des trois années, Bodhi-Dharma, épuisé, finit par s’endormir pendant ses dévotions. A son réveil, furieux de sa faiblesse et accablé par sa faute, il se coupa les paupières et les jeta à terre. Quelques années plus tard, repassant au même endroit, il constata qu’elles avaient donné naissance à un arbuste qu’il n’avait jamais vu auparavant. Il en goûta les feuilles et s’aperçut qu’elles avaient la propriété de tenir les yeux ouverts. Il en parla autour de lui et on prit l’habitude de cultiver le thé aux endroits où il était passé.

Idéogramme du thé
Idéogramme du thé

Et puis il y a cette légende :

Un homme était parti de son village à la recherche de l’éveil. Après de longues années, d’épreuve en épreuve, il était devenu un vagabond, un indésirable de nos bourgades. Un soir il se posa dans une forêt dense. Il fit un feu et pensa à tout ce qu’il avait vu, vécu et compris: des morceaux de lumière, de vérité… mais rien d’un éveil. Il se décourageait un peu lorsqu’il entendit, en haut d’un arbre, un oiseau chanter: « j’ai la dernière vérité. J’ai la dernière vérité. Elle est à celui qui viendra la chercher… »

L’homme entreprit alors de monter tout en haut de cet arbre. L’escalade était difficile et dangereuse. Au fur et à mesure qu’il grimpait vers cette dernière vérité, il devait lutter contre le vertige. Il se guidait au chant de l’oiseau sans jamais l’apercevoir. Il parvint enfin à la cime et, baigné dans une somptueuse lumière dorée, il vit le soleil se coucher, les étoiles apparaître mais nul oiseau. Toutefois la voix, sortant de nulle part et de partout à la fois, lui dit: « tu es venu accueillir une dernière vérité alors reçois-la et pars l’offrir aux hommes qui te croiront. »

À ce moment toutes ses questions se changèrent en réponses et ses réponses en questions. La lumière devint ombre et de l’ombre naquit la lumière. Tous ces morceaux de vérités éparses s’assemblèrent pour former une vérité nouvelle multiple et entière. Ainsi sa dernière vérité devint sa première. Son coeur se mit à sourire et son sourire à dire les mots de son coeur. Alors, sans redescendre de l’arbre, éveillé et léger il put continuer son chemin chevauchant quelques vents d’une sauvage sagesse.

Depuis, cet arbre du passage, de la métamorphose, qui était un théier sauvage, est vénéré. Certains d’entre nous offrent ou reçoivent quelques unes de ses feuilles, attentifs à tout ce qu’elles pourraient, dans l’éclat doré d’une tasse, nous dire ou nous chanter, sensibles à tout appel.

Feuilles de thé

Plante solaire, le théier est associé à la fortune et au courage: brûler des feuilles de thé procure la richesse.

Le thé peut en outre entrer dans la composition des charmes destinés aux voeux de prospérité ou encore dans la confection d’amulettes procurant force et intrépidité. En Worcestershire, répandre des feuilles devant une maison éloigne les mauvais esprits.

Préparer le thé

Agiter une théière ou remuer le thé avant de le servir porte malheur; le faire dans le sens inverse des aiguilles d’une montre ou dans la tasse d’un aurte entraîne une querelle.

Verser l’eau dans la théière en oubliant d’y mettre le thé est signe de malchance.

Faire un thé plus léger que d’habitude présage qu’un ami va se détourner de vous alors que, trop fort, il prédit une nouvelle amitié.

Renverser une cuillère de thé pendant qu’on le prépare est un bon présage pour la maîtresse de maison, mais jeter des feuilles de thé porte malheur et entraîne la pauvreté.

Servir le thé

Mettre le lait dans le thé avant le sucre place sous de mauvais auspices les relations sentimentales et suppriment toute chance de mariage pour les jeunes filles.

L’homme qui met du sucre dans sa tasse avant d’y verser la boisson montre son désintérêt pour la sexualité.

Celle qui, dans la maison d’une autre, verse le thé après l’hôtesse risque de tomber enceinte; si deux femmes se servent en même temps de l’infusion provenant de la même théière, une d’elles ou un membre de sa famille aura un enfant dans l’année et, si elles saisissent en même temps le pot, une des deux aura des jumeaux roux dans l’année.

Selon une croyance britannique, un homme qui sert du thé à une femme lui fera un enfant et, dans le nord de l’Angleterre, une jeune fille ne pourra résister à celui qui lui versera plus d’une tasse.

Les Russes prétendent qu’il ne faut pas rincer une tasse avant de resservir le thé, sinon le buveur n’amassera jamais d’argent et dépensera toutes ses économies (symbolisées par le résidu laissé au fond de la tasse).

Boire le thé

Outre-Manche, les neuf dernières gouttes qui restent dans la théière passent pour guérir le mal de coeur.

Il fut un temps où on prétendait qu’une tasse de thé soignait efficacement une morsure de vipère.

En Chine, boire le thé directement par le bec de la théière prédisposer à avoir des enfants avec des bouches en forme de bec.

Divination

Une feuille de thé qui flotte à la surface de la boisson annonce l’arrivée d’un visiteur (homme si la tige est dure, femme si elle est tendre, personne grande ou petite selon la taille de la feuille). On peut la poser sur le dos de la main gauche et frapper cette dernière de la main droite, en sachant que le nombre de coups nécessaires avant qu’elle tombe équivaut aux jours qui séparent de la visite. Certains procèdent de même pour savoir dans combien d’années ils se marieront; d’autres font l’opération avec deux brins de thé apparus à la surface d’une tasse: s’ils restent sur le dos de la main gauche ou adhèrent ensemble à l’autre main, on peut être assuré de la fidélité du bien-aimé alors qu’en cas contraire il faut redouter une infidélité.

Divination tasse de thé
Divination tasse de thé

Tout comme le café sert à la divination, on peut « lire » l’avenir dans une tasse de thé; une fois vidée du breuvage, on la tourne trois fois dans la main gauche et en sens inverse d’une aiguille d’une montre: si le résidu de thé est sur un côté, c’est bon signe, mais si le fond est noir de feuilles, il faut s’attendre à quelques infortunes. Des feuilles qui forment un coeur annoncent une joie; deux coeurs promettent un mariage au consultant. L’apparition de bulles à la surface de la tasse présage des baisers ou de l’argent, notamment par héritage; certains remuent le thé pour obtenir des bulles qui indiquent la quantité d’argent qu’on recevra par héritage.

Tasse à thé de divination
Tasse à thé de divination

Divers

Faire tomber ou casser une théière attire les ennuis.

Oublier de mettre son couvercle annonce l’arrivée d’un étranger ou d’un ami mais peut également être signe de malchance.

 


Bibliographie
Le Livre des Superstitions – Mythes, Croyances et Légendes – Eloïse Mozzani, pp1706-1708.

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