Se savoient mon tourment

Se savoient mon tourment
Et auques de mon afaire
Cil qui demandent conment
Je puis tant de chançons faire,
Il diroient vraiement
Que nus a chanter n’entent
Qui mieuz s’en deüst retraire;
Maiz pour ce chant seulement
Que je muir pluz doucement.

Trop par me grieze forment
Que cele est si debonaire
Qui tant de dolour me rent
Ce qu’a tout le mont doit plaire;
Maiz ne me grevast nïent,
Se la tres bele au cors gent
Me feïst touz ces maus traire.
Maiz ce m’ocit vraiement
Qu’el ne set que pour li sent.

 

Se seüst certeinnement
Mon martire et mon contraire
Cele por qui je consent
Que l’amour me tient et maire,
Je croi bien qu’alegement
M’envoiast procheinnement;
Quar par droit le deüst faire,
Se reguars a escïent
De ses biaux ieus ne me ment.

Chançons, va isnelement
A la bel au cler viaire,
Si li di tant seulement:
Qui de bons est, souëf flaire.
Ne l’os prier autrement,
Quar trop pensai hautement,
Si n’en puis mon cuer retraire.
Et se pitiez ne l’en prent,
Blondiaus muert, que pluz n’atent.



Blondel de Nesle

Blondel de Nesle (entre 1175 et 1210) poète, trouvère et seigneur du nord de la France, écrivit vingt-quatre chansons courtoises.

Il s’attache à Richard Cœur de Lion, roi d’Angleterre, devient son confident et le suit dans toutes ses expéditions. On cite Blondel comme un modèle de fidélité : on raconte qu’après de longues recherches, il découvre la prison où Léopold V de Babenberg, duc d’Autriche, a enfermé le roi anglais, et que c’est en chantant une romance qu’il avait composée avec ce prince qu’il s’en fait reconnaître.

 

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