Ghana, contes et légendes

Ghana, contes et légendes

 

Ghana, contes et légendes: Ouagadou-bida
Ghana, contes et légendes: Ouagadou-bida

 

Le serpent d’Ouagadou

Au Ghana fut autrefois une grande cité, populeuse et riche que l’on appelait Ouagadou. Le long de ses ruelles blanches, sur ses marchés multicolores, dans le parfum des fruits, des léumes, des épices, les femmes ornées de lourds bijoux, les hommes, leur canne au pommeau d’or sous le bras, allaient, insouciants parmi leurs enfants vifs. Ils ignoraient la pauvreté. Mais la prospérité d’Ouagadou n’était pas leur oeuvre: ils la devaient à un énorme et merveilleux serpent qui vivait au fond d’un puits, au coeur de la ville, dans un vaste jardin. Son nom était Bira. Or le serpent Bira n’était pas un bienfaiteur désintéressé. Il acceptait de fertiliser la terre, de faire pousser l’or dans la montagne et les fruits dans les vergers, à condition d’être payé en vies humaines. On lui donnait donc, en offrande, le jour de chaque nouvel an, la plus belle fille de la ville que l’on conduisait en grande cérémonie au bord du puits sacré, parée comme une mariée. On l’abandonnait là, et personne ne la revoyait jamais.

Un jour, une jeune fille nommée Sia est désignée par le tribunal des anciens de la cité pour être offerte en sacrifice au serpent Bira. Elle a seize ans, ses yeux noirs sont lumineux comme le soleil à midi, sa peau est fine et douce comme le sable. Elle est belle, elle est la fiancé d’un jeune homme nommé Adou-le-taciturne. Adou-le-taciturne aime Sia plus que la vie paisible parmi les siens, plus que le ciel calme sur les terrasses d’Ouagadou, plus que cet étrange, terrible et merveilleux serpent qui fait depuis si longtemps le beau temps sur sa tête. Mais songeant à l’amie condamnée, il ne peut rien entreprendre pour la sauver. Il pleure à perdre les yeux. Le voici devant sa porte, assis contre le mur, le front dans ses mains. Le soir tombe. Dans le ciel les premières étoiles s’allument. Demain matin Sia sera sacrifiée. Adou-le-taciturne a si mal dans sa poitrine qu’il ne peut rester ainsi, sans rien faire. Il tire son sabre de son fourreau de cuir et l’aiguise lentement sur une pierre dure. Toute la nuit il affûte la lame d’acier. A l’aube, l’arme est si tranchante qu’elle coupe le vent. Alors il va dans le jardin au coeur de la ville, et tout près du puits sacré, dans un tas d’herbes sèches, il se cache.

Parmi les premier rayons du soleil, les anciens en cortège marchent lentement, conduisant Sia, tête basse, au sacrifice. Le battement sourd des tambours résonne dans les rues lointaines. Le long d’une allée de figuiers s’avance la procession. Sia est vêtue d’habits blancs brodés d’or. A ses poignets, à ses chevilles, tiintent des bracelets. Au bord du puits elle s’agenouille, les mains sur les yeux. Les vieillards qui l’on accompagnée la saluent gravement et lui disent l’un après l’autre ces mots solonnels et résignés:

Reste ici et pardonne-nous.

Ils s’en vont.

A peine ont-ils disparu, derrière les arbres que la tête pointue du serpent Bira émerge du puits. Ses yeux sont luisants comme des eaux dormantes, son cou est puissant comme un tronc de palmier, son ventre blanc comme l’aube et son corps ondulant se courbe vers Sia agenouillée. Adou-le-taciturne, dans son tas de feuilles, serre les poings sur son sabre. Des écailles pareilles à des pépites d’or brillent sur le front du serpent Bira. Sa gueule s’ouvre armée de dents aiguës comme des pointes de lances. Le sabre d’Adou-le-taciturne fend l’air et s’abat. Dans un jaillissement d’écume sanglante le corps du serpent Bira plonge au fond du puits et sa tête s’envole.

Elle tournoie un instant, cette tête fabuleuse, au-dessus de Sia et d’Adou enlacés, elle tournoie lentement de le temps de dire, d’une voix terrible et calme:

Pendant sept ans, sept mois et sept jours la cité d’Ouagadou et le pays alentour ne recevront ni pluie d’eau ni pluie d’or.

Puis elle s’éloigne et disparaît dans le ciel bleu.

Le serpent Bira était étrangement puissant et les Anciens avaient raison de le craindre. Le jeune téméraire qui osa trancher sa tête ruina du même coup l’empire du Ghana, le plus fameux d’Afrique. Les rivières se sont taries; les dunes du désert ont roulé sur les prairies, la famine et la soif ont poussé les hommes vers des terres plus accueillantes. C’est pourquoi, maintenant, les splendeurs de la ville d’Ouagadou ne sont plus que des rêves tristes sous des linceuls de sable.

 


Bibliographie:

Gougaud, Henri L’arbre à soleils/Légendes du monde entier. Éditions du Seuil, Paris, 1979.

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