Les premiers documents de la langue française

Les premiers documents de la langue française

Glossaire de Reichenau

Les premiers documents de la langue française: La description de la basilique dans le manuscrit de Reichenau.
Les premiers documents de la langue française: La description de la basilique dans le manuscrit de Reichenau.

Ce glossaire est apparu à la fin du VIIIe siècle (768). ll est composé de deux manuscrits rassemblant en tout quelque 1300 mots, essentiellement des termes difficiles de la Vulgate, ainsi qu’une liste alphabétique de mots divers. C’était une sorte de lexique à l’usage des illetrés de l’époque, découvert dans l’abbaye de Reichenau. Il donne sur deux colonnes une traduction juxtalinéaire des termes latins en langue romane, comme les exemples ci-dessous:

Minas Manaices (du bas latin: minaciæ)
Singulariter Solamente (du latin, solâ, mente)
Lindonem Linciolo (du bas latin, linteolum)

Ces mots sont devenus menaces, seulement, linceul. On y voit nombre de termes d’une forme déjà française.

Les Serments de Strasbourg

Les premiers documents de la langue française: Les serments de Strasbourg
Les premiers documents de la langue française: Les serments de Strasbourg

Lingua Romana
‘ Pro Deo amur et pro christian pablo et nostro commun salvament, d’ist di in avant, in quant Deus savir et podir me dunat, si salvarai eo cist meon fradre Karlo et in ajudha et in cadhuna cosa, si cum om per dreit son fradra salvar dift, in o quid il mi altresi fazet, et ab Ludher nul plaid nunqua prindrai, qui meon vol cist meon fradre Karle in damno sit.’

Français moderne
‘ Pour l’amour de Dieu et pour le salut du peuple chrétien et notre salut commun, de ce jour en avant, autant que Dieu me donne le savoir et le pouvoir, je défenderai mon frère, Charles, et en aide de tout, comme il faut par droit naturelle défendre son frère, pourvu qu’il me fasse la même, et avec Lothaire je ne prendrai aucune accorde au préjudice de mon frère Charles.’

Les Serments de Strasbourg sont deux formules, l’une en langue tudesque et l’autre en langue romane, prononcées le 14 février 842 par les deux frères Louis le Germanique et Charles le Chauve, selon lesquelles ils s’engageaient à demeurer unis dans leur lutte commune contre leur frère Lothaire.

La Séquence de sainte Eulalie

Les premiers documents de la langue française: Séquence de sainte Eulalie
Les premiers documents de la langue française: Séquence de sainte Eulalie

ou Cantilène, est un des plus anciens documents de la poésie française; elle date du Xe siècle. Voici les premières lignes:

Buona pulcella fut Eulalia.
Bel avret corps, bellezour anima.
Voldrent la veintre li Deo inimi,
Voldrent la faire diaule servir.
Elle no’nt eskoltet les mals conselliers
Qu’elle Deo raneiet, chi maent sus en ciel,
Ne por or ned argent ne paramenz
Por manatce regiel ne preiement.
Niule cose non la pouret omque pleier
La polle sempre non amast lo Deo menestier.
E por o fut presentede Maximiien,
Chi rex eret a cels dis soure pagiens.
Il li enortet, dont lei nonque chielt,
Qued elle fuiet lo nom chrest iien.
Ell’ent adunet lo suon element:
Melz sostendreiet les empedementz
Qu’elle perdesse sa virginitét;
Por os furet morte a grand honestét.
Enz enl fou lo getterent com arde tost.
Elle colpes non avret, por o nos coist.
A czo nos voldret concreidre li rex pagiens.
Ad une spede li roveret tolir lo chieef.
La domnizelle celle kose non contredist:
Volt lo seule lazsier, si ruovet Krist.
In figure de colomb volat a ciel.
Tuit oram que por nos degnet preier
Qued auuisset de nos Christus mercit
Post la mort et a lui nos laist venir
Par souue clementia.
Eulalie était une bonne jeune fille.
Elle avait le corps beau et l’âme plus belle encore.
Les ennemis de Dieu voulurent la vaincre;
Ils voulurent lui faire servir le Diable.
Elle n’écoute pas les mauvais conseillers
qui lui demandent de renier Dieu qui demeure au ciel là-haut,
Ni pour de l’or, ni pour de l’argent, ni pour des bijoux
Ni par la menace ni par les prières du roi.
Rien ne put jamais la faire plier ni amener
La jeune fille à ne pas aimer toujours le service de Dieu.
Et pour cette raison elle fut présentée à Maximien
Qui était en ces temps-là le roi des païens.
Il lui ordonna, mais peu lui chaut,
De renoncer au titre de chrétienne.
Elle rassemble sa force.
Elle préfère subir la torture plutôt
Que de perdre sa virginité.
C’est pourquoi elle mourut avec un grand honneur.
Ils la jetèrent dans le feu pour qu’elle brûlât vite.
Elle n’avait pas commis de faute, aussi elle ne brûla point.
Le roi païen ne voulut pas accepter cela.
Avec une épée, il ordonna de lui couper la tête.
La jeune fille ne protesta pas contre cela.
Elle veut quitter le monde; elle prie le Christ.
Sous la forme d’une colombe, elle s’envole au ciel.
Prions tous qu’elle daigne intercéder pour nous,
Afin que le Christ ait pitié de nous
Après la mort et nous laisse venir à lui
Par sa clémence.

La physionomie des mots est plus voisine du français; la construction plus moderne que dans les Serments, est aisée à comprendre. Un élément nouveau apparaît, l’article: li Deo inimi, qui n’existait pas en latin. Ainsi le latin populaire des soldats romains était devenu le bas latin mérovingien, qui, accru de quelques termes ibériens, celtiques et grecs, et d’un apport plus considérable d’éléments tudesques, avait formé le roman, d’où sortira le français.
Numérisation du parchemin


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