Les pétrifiés de Bréhat

Les pétrifiés de Bréhat

Les pétrifiés de Bréhat

 

Les pétrifiés de Bréhat

 

L’archipel de Bréhat est le royaume des pierres. Saint Maudez le sait bien, qui fut accueilli par une pluie de galets quand il vint, pour la première fois, évangéliser les Bréhatins. C’est une pierre, aussi, qui lui tenait lieu de lit et qu’il chargea gaillardement sur ses épaules pour la mettre à l’eau, en guise de barque, parce que le Démon l’en avai défié. Et il y a toutes les autres pierres, du caillou qui roule à la roche énorme, celles des abords et des assises de l’île, des pointes, des caps, des grèves, des collines et des pinèdes, des pierres debout, couchées, solitaires ou en troupes, plus aiguës que des épées, plus lisses que des rondaches, sculptées par le vent et les embruns, rongées de lichens ou ruisselantes sous les assauts de l’eau salée.

 

Il y en avait une, maintenant brisée, où les vieilles filles en mal d’époux venaient tracer leur nom à l’adresse des veuviers désireux de convoler encore. Il y a l’amoncellement des rochers du Pan, deux masses chaotiques réunies par un dolmen qui surplombe des gouffres. Les jeunes filles y venaient naguère,  à la main trois cailloux qu’elles jetaient dans l’abîme. Autant de ricochets, autant d’années encore à espérer le mari. Un seul ricochet, et il était grand temps de songer au trousseau.

 

Mais les rochers du Pan racontent surtout le drame du comte Mériadec de Goëllo. C’était un seigneur de bon renom. Il y avait deux fils qui n’étaient pas meilleurs que les cornes du diable, Gwill et Isselbert. Fatigués d’attendre la mort de leur père, ils décidèrent de le tuer pour entrer en possession de son héritage. Mériadec eut vent du complot et put s’enfuir Mais les deux félons le rejoignirent à la pointe du Pan et le crime fut accompli. Or, quand ils voulurent porter le cadavre sur la falaise pour le précipiter, ils sentirent leurs membres s’appesantir, leurs chairs se figer. Ils devinrent de pierre, et pierre aussi le corps de comte entre les deux. Depuis, ils sont restés pétrifiés sur le vide, à jamais par la pétrification de leur père dont le sang a teinté tous les rocs de Bréhat.

 

Sur une colline, il y a une théorie de grandes pierres en postures humaines. On les dirait agenouillées et en prières. C’est, en effet, une curieuse adoration de bergers, de vrais bergers de cette île où le châtiment majeur est la métamorphose pétrée. Un jour, la fée de Pan reçut la visite d’une amie chère, une princesse des Eaux. La visiteuse était si belle que les pauvres bergers laissèrent vaguer leurs troupeaux pour s’assembler autour d’elle et lui apporter le tribut d’une ferveur qui ne manqua pas de l’importuner à la longue. Furent-ils indiscrets? Devinrent-ils trop pressants? La légende nous dit que la fille des Eaux pria son amie de la délivrer des admirateurs éperdus. À l’instant, la fée de Pan les pétrifia comme ils étaient. Ainsi témoigneront-ils inlassablement de la fascinante beauté des sirènes, que l’on dit mortes aujourd’hui, tant que le vent de sable et de sel n’aura pas fini d’éroder leurs figures grotesques pour en effacer jusqu’à la dernière trace de leur troublante humanité.

 

 

 

 


Bibliographie

Légendes de la mer

Légendes de la mer

Légendes de la mer

Pierre Jakez Helias Éditions Jos Le Doaré
La bible du hibou

La bible du hibou

La bible du hibou

Henri Gougaud Éditions du Seuil, 1993
Contes et légendes de Bretagne

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