Les mythes, reflets du monde

 

Les mythes
Les mythes

Les mythes, reflets du monde

Bien que généralement faux, ils peuvent aider à comprendre comment les gens voient le monde.

Aller nager tout de suite après un repas ne provoquera pas de crampes dans vos muscles, les esquimaux n’ont pas 50 mots différents pour dire « neige » et l’alcool n’annule pas les effets de la pénicilline. Toutes ces fausses idées ont, toutefois, fait leur chemin jusque dans les croyances des gens. Elles sont devenues des mythes modernes.

Bien que ces mythes soient faux, ils peuvent servir à comprendre la vision que les gens ont du monde. Les mythes peuvent souvent expliquer un monde en apparence chaotique et être utilisés pour confirmer l’existence de préjugés. Il y a une multitude de témoignages semi-scientifiques que l’on ne met que rarement en doute aujourd’hui. Ils existent parce qu’ils sont plausibles et un grand nombre d’entre eux remplissent une certaine fonction à un moment précis.

C’est le cas par exemple du mythe commun concernant le nombre de mots que le peuple inuit utilise pour décrire la neige. Alors que la croyance populaire veut que les Inuits aient 50 mots différents signifiant neige, les linguiste démentent cette théorie. Selon un linguiste de l’université de Stockholm, Mikael Parkvall, il est en fait assez difficile de déterminer en quoi consiste un mot. Par exemple, si les mots « nouvelle neige » et « neige mouillée » sont considérés comme des termes et non comme des mots séparés, alors oui, les Inuits ont plusieurs mots pour décrire leur décor blanc. Toutefois, si le mythe veut que les Inuits utilisent plusieurs mots différents, comme « congère » et « giboulée », pour décrire la neige, alors la croyance est fausse, car ils ne possèdent que quelques mots. « Cette fausse croyance remonte à une étude effectuée par un anthropologue et linguiste américain du début du vingtième siècle. Il a surestimé le nombre de mots pour décrire la neige et depuis, ses résultats ont exagérés par d’autres », explique Parker.

L’ethnologue suédoise Agneta Lilja a étudié les mythes modernes et urbains et leur signification et elle croit que le cas des Inuits et de la neige montre que les gens d’aujourd’hui ont une vision contradictoire des peuples inuits. « D’un côté, le mythe nous dit que les Inuits sont très loin derrière nous, mais d’un autre côté, il nous confirme qu’ils ont quelque chose que nous avons perdu. Le mythe s’est donc une critique de notre société hautement technologique. On entend parfois que les Inuits n’ont pas de mot pour décrire la guerre parce qu’ils n’en ont pas besoin. Il ne s’agit que d’une autre façon de condamner le mode de vie de l’humain moderne. »

D’autres croyances populaires utilisent la nature pour critiquer la société moderne. On a ainsi tendance à rendre la nature romantique, comme le fait le mythe répandu selon lequel les forêts tropicales du monde seraient une des principales sources d’oxygène pour la planète. Le fait que ces forêts consomment en fait autant d’oxygène qu’elles n’en produisent n’est presque jamais publicisé. « Il est faux de croire que les forêts tropicales fournissent une grande portion de l’oxygène de la planète, car la quantité de gaz carbonique absorbé par les feuilles lors de la photosynthèse est équivalente à la production de ce même gaz par les feuilles, les troncs, les racines et le sol lors de la respiration », affirme un expert en forêts tropicale de l’université de Cambridge, Edmund Tanner.

Plusieurs mythes populaires sont une extension de croyances communes concernant ce qui est bon ou mauvais pour la santé. C’est ce qui pourrait expliquer la popularité du mythe voulant qu’aller nager après un repas puisse causer des crampes musculaires.

« La natation est une activité très moderne », raconte Lilja. « Les fermiers et les pêcheurs croyaient autrefois qu’aller nager relevait de la folie. Nous avons toujours peur de l’eau et celle-ci ne doit pas être combinée à quelque chose de bon, comme la nourriture. Nous avons un problème avec les incohérences de ce genre. »

Le tabou entourant le mélange de la pénicilline et de l’alcool est tout aussi curieux. « Ce mythe montre notre respect envers un médicament qui a révolutionné nos soins de santé, et il existe probablement une notion voulant qu’il ne devrait pas être mélangé à toute substance pouvant rendre malade », dit Lilja. Il existe également de nombreux mythes tournant autour des faiblesses de la science. Contrairement à la croyance populaire, les scientifiques peuvent expliquer comment les bourdons peuvent voler et comment les chats ronronnent. « On voit ainsi le vieux conflit entre les explications populaires et scientifiques. Les faiblesses de la science entraînent une certaine satisfaction chez les gens », ajoute Lilja.

Plusieurs personnes croient aussi que l’être humain n’utilise que 10% de son cerveau. Cette affirmation est populaire dans les cercles nouvel âge pour justifier les croyances dans l’inconscient ou dans les habilités spirituelles que les gens pourraient apprendre à utiliser. « La société moderne a un besoin évident d’explications populaires et métaphysiques ou religieuses », note Lilja.

D’autres mythes ne sont pas aussi inoffensifs et plusieurs ont des sous-entendus racistes, comme la croyance voulant que les Japonais, pour des raisons génétiques, ne puissent pas tolérer l’alcool et l’idée fausse selon laquelle les hommes noirs auraient un plus gros pénis que les hommes blancs. Ces croyances persistent même si la recherche moderne a prouvé que les différences génétiques entre les groupes ethniques sont très minimes. Au mieux, l’hypothèse voulant que les organes sexuels des Noirs soient plus gros que ceux des Blancs est une exagération des résultats des recherches sur les comportements sexuels d’Alfred C. Kinsey, effectuées dans les années 1950. Au pire, il s’agit d’une affirmation raciste. « J’ai l’impression qu’il n’y a pas de preuves concluantes », affirme le médecin et directeur du Kinsey Institute for Research in Sex, Gender and Reproduction, John Bancroft, « Les données de Kinsey, basées sur des mesures prises par les sujets eux-mêmes, suggèrent une longueur du pénis au repos plus grande que la moyenne, mais notent une différence moins marquée pour les pénis en érection. Mais l’échantillon d’hommes noirs était petit, comparé à celui des blancs. Un aspect historique et négatif est que le pénis présumé plus long de l’homme noir a déjà été perçu comme l’évidence voulant qu’il soit plus près du singe que l’homme blanc. » Le mythe nous dit que les hommes noirs sont parfois « perçus à la fois comme étant masculins et soumis », explique Lilja. « À travers de ce mythe, on leur a attribué des caractéristiques plus naturelles que culturelles. Il révèle aussi une certaine envie, puisque les hommes souhaitent avoir du pouvoir érotique. Il reflète également un désir de nature, et cette perte est projetée sur l’homme noir. »

Certaines fausses idées sont simplement le fruit de conspiration malicieuses, comme les rumeurs diffamatoires selon lesquelles « le yogourt contient de l’alcool » ou « la margarine est mélangée à de minuscules balles de plastique cancérigène pour la rendre plus molle ». Mais la majorité des mythes ne doivent pas être pris au sérieux, assure Lilja.

« Ils ressemblent à des contes de fée, en ce sens qu’on n’y pense que rarement. Ils ne sont vrais que lorsqu’ils nous sont utiles, alors que le reste du temps, nous les mettons probablement en doute. Nous ne somme pas très sérieux lorsque nous les utilisons. »

 

Olga Westerberg

 

MYTHES MODERNES POPULAIRES

Les cheveux poussent plus rapidement lorsqu’on les coupe.

La consommation de chocolat cause l’ acné (elle est causée par les hormones).

Les lemmings se suicident en groupe.

Les autruches enfouissent leur tête dans le sable pour se cacher.

Les casques des Vikings étaient ornés de cornes (mythe issu du romantisme national nordique au 19e siècle).

Le côté éloigné de la lune est toujours dans l’ombre.

On peut attraper un rhume lorsqu’on a froid (le virus qui cause le rhume ordinaire ne se préoccupe pas de la température).

Les épinards sont riches en fer.

Le coeur est situé à gauche (il est au centre, mais pointe légèrement vers la gauche)

Il n’y a pas deux flocons de neige identiques.


Copie d’un article paru il y a quelques années sur un site (www.urbanlegends.com) qui n’existe plus mais le texte était dans mes archives depuis 2003.

Bad Science