Le tailleur et le mandarin

Le tailleur et le mandarin

 

Le tailleur et le mandarin
Le tailleur et le mandarin

C’était le tailleur le plus renommé de la capitale pour son adresse. Tout habit sorti de ses mains allait parfaitement au client, quels que fussent sa taille, sa corpulence, son âge et sa démarche.

Un jour, un mandarin le fit appeler pour lui commander une robe de cérémonie.

Après avoir pris les mesures, le tailleur demanda respectueusement au mandarin depuis combien de temps il était en fonctions.

« Quel rapport cela peut-il avoir avec la coupe de ma robe ? dit le mandarin avec humeur.

– Le rapport le plus étroit, Seigneur, répondit le tailleur. Vous savez qu’un mandarin promu de fraîche date, tout pénétré de son importance, porte la tête haute et la poitrine bombée. Nous devons en tenir compte et couper le pan de derrière plus court que celui de devant.

« Plus tard, nous diminuons peu à peu l’inégalité des pans, qui deviennent de même longueur quand le mandarin atteint le milieu de sa carrière.

« Enfin, lorsque, courbé sous la fatigue de ses longs services aussi bien que sous le poids des années, il n’aspire plus qu’à rejoindre ses ancêtres au ciel, la robe doit être plus longue derrière que devant.

« Voilà pourquoi un tailleur qui ne connait pas l’ancienneté des mandarins ne saurait les habiller convenablement.»

 

 

 


 

Bibliographie

hatier-contes-et-legendesContes et légendes tirés des littératures étrangères

Textes choisis et présentés et annotés par Raymond Chavel

A.Hatier, Paris 1959