La cloche et le dragon

La cloche miraculeuse de St-Pol-de-Léon
La cloche miraculeuse de St-Pol-de-Léon

La cloche et le dragon

Devant le comte Guithur de Léon, en son manoir de l’île de Batz, se tenait Pol Aurélien. Il avait quitté Bretagne la Grande et abordé l’île d’Ouessant à l’endroit que l’on appelle aujourd’hui Porz-Ool. Mais un ange vint lui dire que là n’était pas sa destiinée. Alors, il se résolut à gagner la grande terre. Il avait fait plusieurs actions mémorables, dans le Léon, quand un gardien de pourceaux lui proposa de le conduire à son maître Guithur qui gouvernait le pays pour l’empereur Childebert, Guithur s’était retiré à l’île de Batz qu’il tenait en particulière affection. Quand il vit Pol, il le reconnu pour l’un de ses proches parents. Lui-même avait passé la mer, plusieurs années auparavant, pour venir en Armorique.

Ainsi, Pol Aurélien, vous vous êtes mis au service de Dieu ?

Oui, comte Guithur. Comme l’a fait ma soeuf ainée, Sicofolla, qui est abbesse de monastère en Bretagne la Grande. J’ai fait retraite auprès d’elle avant d’appareiller sur la mer.

Mais pourquoi vouliez-vous partir ? Il y a des âmes à gagner, en Bretagne la Grande.

Le roi Marc et ses barons désiraient me faire évêque. C’est un trop pesant fardeau pour mes épaules. Hélas, j’ai bien peur d’avoir mécontenté le roi. Quand je l’ai quitté, il m’a durement refusé le gage de paix que je demandais: une cloche de son carillon de table. Elle s’appelle Hirglaz, la Longue-Verte.

À peine Pol avit-il dit ces mots qu’un pêcheur de Guithur se présenta dans la salle et déposa devant le comte un gros poisson qu’il venait de pêcher aux rivages de l’île et qui tenait une cloche en sa gueule.

Je n’ai jamais vu, devant mes yeux, poisson de cette espèce, dit Guithur. Mais si la cloche vous plaît, Pol Aurélien, je serai plus riche parrain que le roi Marc. Je vous la donne de bon vouloir pour vous servir à votre gré.

Pol Aurélien fait sonner la cloche et puis la fit sonner encore. Pour la seule fois de sa vie, il éclate d’un rire si clair que tout le manoir en tressaille.

C’est la Longue-Verte elle-même. Apparemment, le Seigneur me l’avait destiné et m’en a fait l’envoi chez vous par la mer. Comte Guithur, par ceci je vois bien qu’il vous aime. Et moi, son serviteur, je dois vous aider autant qu’il me donnera pouvoir de le faire.

Hélas, Pol Aurélien, je n’osait point vous parler du serpent monstrueux qui désole mon île. Sa puante haleine empoisonne jusqu’à l’herbe. Il ne se passe pas de jour sans qu’il étouffe un homme ou qu’il enlève une tête de bétail. J’ai pris les armes contre lui, mais je n’ai pu lui causer la moindre blessure.

Si le Seigneur nous aide, Guithur, nous lui écraserons la tête.

Aussitôt, il part vers l’antre du serpent. Le seul qui veut le suivre est le chevalier Nuz, de Cléder. Pol Aurélien dompte le monstre pas son pouvoir surnaturel. Il lui noue une étole au cou, dans le noeud il passe un bâton et Nuz emmène la bête au nord de l’île, comme il l’aurait fait d’un mouton. Là, sur un ordre de Pol, le dragon se jette à la mer du haut d’un rocher. L’endroit s’appelle Toull ar Sarpant.

Dans la cathédrale de Saint-Pol est conservée la Longue-Verte. Au cours des siècles, elle a sonné au-dessus des fidèles et les a préservés des maux de tête. Le chevalier Nuz, après son exploit, reçut le nom de Gournadeh, « l’homme qui ne fuit pas », et son manoir de Kergourdaneh se dresse toujours dans le Léon. Quant à Pol Aurélien, à sa mort, il choisit de reposer dans sa cathédrale de la grande terre, par devoir ou humilité. Mais, de même qu’entre ses trois soeurs il aimait mieux Sicofolla, entre tous les séjours de son temps mortel, il préférait Batz, son île de mer.

Kergourdaneh
Kergourdaneh

 


Bibliographie

La bible du hibou Henri Gougaud Éditions du Seuil, 1993
Légendes de la mer Pierre Jakez Helias Éditions Jos Le Doaré
Contes et légendes de Bretagne