Île de Sein

Île de Sein 1940

Île de Sein
Île de Sein

Île de Sein 1940

Met, pa daolas an heol e Sun ar c’henta bann,

N’he doa ket chenchet lec’h

 

Celle-ci est la dernière née de nos légendes. Toute fraîche encore de son éclosion, elle a déjà pris la couleur du temps. Elle est plus irréelle qu’aucune autre et plus humaine à la fois parce qu’elle est venue se prendre, comme une étoile d’or, à la trame de notre vie, dans des jours entre tous nous jours pathétiques.

C’était unb soir du mois de juin, Par-delà les Gorlé, Tevennec et la Vieille, un cri d’alarme est parvenu du Cap-Sizun jusqu’à l’ultime îlot prophétiques des Neuf Sènes Vierges et des Sept-Sommeils, jusqu’à la basse terre de Sein, longue et mince couture d’horizon qui unit l’immense mer au ciel immense: « La Grande Terre conquise aux Germains! Le sable des Trépassés porte l’empreinte de leurs bottes! »

Les gars de Sein, d’un seul bon, sont aux barques: « Kenavo, ma femme et ma mère! Mes petits enfants, kenavo! Vous me serez chers à jamais et je vous reviendrai quand viendra le temps du retour. Mais aujourd’hui, quel homme pourrait ici rester quand les franchises sont perdues. On n’enchaîne pas un Ilien quand lui reste la mer. Kenavo, Bretagne, notre coeur se fend ! »

Plus une barque au port, plus un pêcheur au quai. La vague les a tous menés ver le Pays Saxon (Bro-Zaoz), avec le fardeau de leur peine et leur grand mal de liberté. Et, la nui venue, dans toutes les maisons de l’île basse, vieille mère ou jeune épouse, pas une femme qui veille.

« Ah, que nous voudrions suivre nos hommes avec l’île pour barque! Bretagne, notre coeur se fend ! Que nous voudrions suivre nos hommes vers les falaises du Pays Saxon, si seulement pouvait nous servir de radeau ce peu de terre-ci, au péril des Germains qui sont à l’arrêt devant, sur le rocher du Cap de la Terre !  »

Et c’est alors que l’île tressaillit à la déploration des pauvres chères. Toute frémissante, elle s’arracha des fonds sous-marins. Et la voilà qui flotte au bercement de la houle, impatiente et légère, et qui prend déjà congé du feu de la Vieille, pendant que retentit le cri des femmes: « Chacune à son aviron et souquez! »

Et les rames des filles de Sein, dans la nuit profonde, peinent dur. Bretagne, notre coeur se fend! Et les rames des filles de Sein, à chaque tirée, gagnent au cap du Pays Saxon, où leurs hommes ont touché terre pour se garder de la servitude.

Mais quand tomba, sur l’île basse, le premier rayon du soleil suivant, Sein n’avait pas changé de place.

 

 

 


Bibliographie

Légendes de la mer Pierre Jakez Helias Éditions Jos Le Doaré
La bible du hibou Henri Gougaud Éditions du Seuil, 1993
Contes et légendes de Bretagne

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