Fabliaux

Fabliaux

Fabliaux

Fabliaux

Le fabliau (du picard fabliau, lui-même issu du latin fabula) signifie littéralement un petit récit ; c’est le nom qu’on donne dans la littérature française du Moyen Âge à des petites histoires en vers simples et amusants, et qui ne se proposent guère que distraire ou de faire rire les auditeurs ou les lecteurs.

 

Carte des dialectes

Carte des dialectes

Le mot fabliau est d’origine picarde et appartient aux dialectes du Nord-Est (Artois, Ponthieu, Flandre et Hainaut), l’Île-de-France, la Normandie et la Champagne. Le roman n’est pas le même partout. En France, il existait deux groupes de langues romanes: les langues d’oïl et les langues d’oc (oc et oïl sont les deux formes de oui dans ces langues). La division linguistique suivait une ligne allant, grossièrement, de la Charente aux Alpes. Au nord: les langues d’oïl, au sud: les langues d’oc.

À l’intérieur de ces deux groupes, il existe une variété de dialectes. Par exemple, la langue d’oïl comprend les dialectes de l’Est (bourguignon), ceux du Nord-Est (picard), les dialectes de l’Ouest (normand), ceux du Centre Nord (poitevin) et les dialectes de l’Île-de-France, parlés aussi en Champagne, en Brie, dans l’Orléanais, dans le Bas-Maine et dans le Perche.

 

 

La forme française est fableau: fabula + ellus, donnant fableau. Le mot se décline dans la langue du Moyen Âge:
sujet singulier:  li fableau
complément: le fablel
sujet pluriel:  li fablel
complément:  les fableaus

Le nom fabliau vient de fabler, raconter une histoire fictive.

Un fabliau est un un conte à rire en vers0 et est un genre littéraire français:

C’est en France qu’on lui découvre des antécédents littéraires authentiques: l’Amphitryo et l’Aulularia de Vitalis, l’Aldo de Guillaume de Blois, les poèmes de Bancis de Lydia, toutes oeuvres en langue latine et filles du Génie français.

E. Faral

0 Si je dis chose qui soit belle,
Elle doit bien être écoutée,
Et par beaux dits est oubliée,
Maintes fois ire et douleur;
Car, quand aucun dit les risées,
Les forts chagrins sont oubliés.

C’est la différence qu’ils présentent avec d’autres formes qui leur sont proches : les dits, qui sont des récits traitant d’un sujet complètement différent; les romans, au contenu plus long et plus complexe ; les chansons destinées naturellement à être chantées ; les moralités visant à édifier; les lais, histoires d’amour possédant un style plus noble, et où souvent on faisait intervenir l’imaginaire. Ce sont des textes courts (100 à 600 vers), en octosyllabes à rimes plates comme les autres genres narratifs brefs, mais dans la veine comique : leur but est de divertir, voire de faire rire. Les sujets et la tonalité des fabliaux sont assez variés. Le fabliau se moque de la bêtise et du vice et met l’emphase sur l’événement sans vouloir corriger ce dont il se moque. Beaucoup de fabliaux ont pour thème, la vie sexuelle (Jean Bodel en a écrit trois. Dans Gombert et les deus clers, il raconte la mésaventure du vilain Gombert qui, accueillant deux étudiants vagants dans sa maison pour la nuit, eut le malheur de constater qu’ils ont couché avec sa femme et respectivement sa fille. Le Vilain de Bailleul rentre chez lui exténué par le travail des champs, alors que sa femme attendait son ami le chapelain. Elle persuade son mari qu’il est mort de fatigue, au sens propre, l’oblige à s’allonger sur un lit de paille et lui fait lire l’office des morts; puis elle prend son plaisir avec le prêtre. Le vilain, de son coin, assiste à tout et crie au chapelain: Certes, si je n’étais pas mort, vous regretteriez de vous y être mis!

La Veuve  de Gautier le Leu se lamente sur la mort de son mari, qui, cette fois, est pour de bon dans la fosse; mais elle s’empresse de le remplacer par un plus jeune qui la bat et lui prend de l’argent.), certains sont scatologiques, grivois, voire obscènes (Le Chevalier qui fit les cons parler, Le Rêve des vits, Celle qui fut foutue et défoutue…). Misogynie et anticléricalisme y sont de mise, et beaucoup mettent en scène le triangle mari / femme / amant. Les personnages y sont souvent caricaturaux, ce sont des types (religieux ridicules, paillards et cupides, femmes vulgaires et rusées, maris jaloux, cocus et bafoués, entremetteuses cupides, paysans madrés).

 

Joseph Bédier

Joseph Bédier

 

Le terme, d’origine picarde, correspond à l’ancien français fableau et a été introduit dans l’usage critique par J. Bédier à la fin du XIXe s. Il apparaît dans cinquante-six textes que l’on a qualifiés pour cette raison de fabliaux certifiés : par extension, il sert aujourd’hui d’appellation générique à près de cent cinquante oeuvres brèves en octosyllabes (à une exception près) qui présentent des caractères analogues. […]

Joseph Bédier, estime à près de 150 ces récits écrits entre 1159 et 1340, en majorité dans les provinces du nord – Picardie, Artois et Flandre. Une partie de leurs sujets appartient au patrimoine de tous les pays, de tous les peuples et de toutes les époques ; certains sujets sont apparus spécifiquement en Inde ou en Grèce; mais la plus grande quantité de ces fabliaux est née en France, ce que prouvent soit les particularités des mœurs décrites, soit la langue, soit les indications de noms historiques ou encore d’événements.

 

 

 

La production des fabliaux est limitée à la France du Nord, de langue d’oïl. La Picardie, l’Artois et la Normandie sont les régions les mieux représentées ; viennent ensuite les provinces du centre (Bourgogne, Champagne, Orléanais) ; quelques fabliaux pourraient provenir de l’Ouest. La plupart sont anonymes, d’autres sont dus à des auteurs dont nous ne connaissons que le nom : Drouin de Lavesne, Eustache d’Amiens, Hugues Piaucele, Gautier le Leu, Huon de Cambrai, Croulebarbe… . Quelques-uns enfin sont signés par des auteurs bien connus par ailleurs : Jean Bodel, Rutebeuf, et, au XIVe s., Jacques de Baisieux, Jean de Condé ou Watriquet de Couvins. Relativement circonscrit dans l’espace, le fabliau l’est aussi dans le temps : les premiers textes apparaissent vers la fin du XIIe s., les derniers ne franchissent pas les années 1340. […]

 

 

Troubadour

Troubadour

 

Les auteurs en sont des clercs menant une vie errante, clercs gyrovagues ou clercs goliards, des jongleurs, parfois des poètes ayant composé d’autre façon, des poètes-amateurs appartenant à des ordres différents du clergé. Dès lors bon nombre de fabliaux sont anonymes et si nous connaissons certains auteurs par leur nom, c’est là que se limite notre science. Les plus connus sont Rutebeuf, Philippe de Beaumanoir, Henri d’Andeli, Huon le Roi, Gautier Le leu. On situe généralement la période des fabliaux entre 1159 et 1340; cette chronologie est arbitraire et n’est basée que sur le plus ancien, celui de Richeut1 (1159) et les plus récents, ceux de Jean de Condé qui mourut en 1340 qui sont parvenus jusqu’à nous. La plupart semblent avoir été écrits dans le nord de la France (Picardie, Centre, Normandie).

 

 

1 C’est l’histoire d’une putain qui fait croire à plusieurs de ses anciens amants qu’ils sont chacun le père de son fils Samson ou Sansonnet. Richeut apprend à son fils comment se conduire envers les femmes, ce qui est une occasion pour le lecteur de s’instruire dans ce domaine; l’essentiel, c’est d’user de beaucoup de douceur en paroles et d’une grande cruauté dans les actes; il faut beaucoup promettre et ne jamais donner, etc.

 

L’audience des fabliaux (dont la diffusion était mi-écrite, mi-orale) ne se limite pas à un public bourgeois ou aristocratique. Il existe d’ailleurs parfois des versions différentes d’un même fabliau qui témoignent de références sociales distinctes (ainsi des Tresses , d’esprit plus aristocratique que son semblable, La femme qui fit entendre à son mari qu’il sonjoit ). La question du public destinataire a longtemps divisé la critique : c’est souvent une fausse question, les fabliaux prennent généralement le parti de la jeunesse contre les gens établis (paysans riches, prêtres ruraux ou chevaliers). […]

 

TreteauLe public, à qui s’adressaient les auteurs des fabliaux appartenait surtout à la bourgeoisie (même si parfois ces fabliaux pénétraient la haute société); c’est pourquoi leur conception du monde reflète parfaitement l’esprit de la bourgeoisie. Dans la forme des fabliaux on ne trouvera ni perfection, ni variété : rimes plates et souvent incorrectes, le style tend vers la grossièreté ; ce qui caractérise le récit c’est la concision, la rapidité, la sécheresse, et l’absence de tout pittoresque.

Le caractère tout entier des fabliaux est marqué nettement par le choix des sujets, une grande partie étant empruntée à la réalité quotidienne de la petite bourgeoisie, et qu’elle représente sans la moindre volonté de l’idéaliser sans le moindre désir d’embellir les faits.

 

L’illusion joue ainsi à tous les niveaux : les fabliaux, ou du moins les meilleurs d’entre eux, sont des jeux de masques.

La ruse, l’un des pivots des intrigues, appartient donc à l’esthétique autant qu’à la narration. Elle triomphe d’autant plus qu’elle est toujours ici un signe de vitalité : lorsqu’elle ne l’est pas, elle tourne court au profit de contre-ruses plus virtuoses. C’est un point commun important avec le Roman de Renart : tous deux s’intéressent d’ailleurs à tous les types de décalages entre les comportements et la norme et de falsification du réel. Le jeu et la dimension morale sont donc, paradoxalement, in- séparables. […]

Dominique Boutet, professeur, Paris X-Nanterre

 

Bodel lisant son poème devant un groupe d’auditeurs (les cheveux ras, le visage et les mains marqués de points noirs, suggèrent la lèpre.

Bodel lisant son poème devant un groupe d’auditeurs (les cheveux ras, le visage et les mains marqués de points noirs, suggèrent la lèpre. Archives de France

D’autres traitent de la bêtise comme Le vilain de Farbus par Jean Bodel où on apprend que les forgerons laissaient devant leur boutique un fer à cheval bien chauffé pour rire de celui qui essaierait de le voler. Robin, le fils du vilain de l’histoire, est en ville avec son père, il ne le laisse pas tomber dans le piège, il crache sur le fer à cheval pour vérifier s’il est froid. La salive est aussitôt portée à ébullition. De retour chez lui, le père s’apprête à manger un bon morteruel (sorte de soupe de pain) qu’a préparée sa femme. Il crache dans la soupe pour voir si elle est trop chaude et rien ne se passe. Il avale donc une énorme cuillerée, et se brûle jusqu’à l’estomac. D’où l’expression cracher dans la soupe, qui indique une prudence exagérée et inutile.

La fourberie est aussi un thème récurrent dans les fabliaux. Dans Les trois aveugles de Compiègne (fabliau par Jean Courtebarbe) demandent l’aumône à un clerc richement vêtu, qui vient à cheval, suivi de son valet.
Voici un besant d’or, dit-il solennellement.
Chacun croit que c’est l’un des deux autres compagnons qui l’a reçu. Ils font bonne chère à l’auberge, et au moment de l’addition l’hôte menace de les jeter dans les latrines, lorsque le clerc, qui les a suivis pour s’amuser, intervient. Il persuade le tenancier que le curé de la paroisse prendra la somme à son compte, puis va chez le prêtre et l’annonce que l’autre souffre d’une forme de folie à idées fixes…

Dans Le Dit des Perdrix, la femme du vilain Gombaut ne peut résister à sa fringale et mange les deux perdrix rôties que son mari destinait à un repas offert au curé. Le paysan arrive et son épouse le prie, avant de mettre le couvert, d’affûter le grand couteau. Sur ces entre-faits voilà le curé, qui s’approche de la dame et l’embrasse doucement. Elle lui glisse à l’oreille:
Voyez mon mari qui a sorti son couteau pour vous trancher les couilles!
Le curé ne demande pas d’explications supplémentaires et prend ses jambes au cou. Alors la femme crie à son homme:
Sire Gombaut, le prêtre emporte vos perdrix!

Quelques fois le fabliau repose sur un jeu de mots ou une confusion sur le sens d’une expression qui est prise au sens propre alors qu’elle a été employé au sens figuré. Un fabliau anonyme nous présente une vieille dont les vaches se sont échappées dans le trèfle et ont été prises par le prévôt; elle apprend qu’elle pourrait avoir ses vaches sans payer de dédommagement, si elle graisse la patte au chevalier. La vieille ignore la signification de l’expression; elle prépare un morceau de lard, épie le seigneur du village et, lorsque celui-ci ne fait pas attention, lui graisse les mains.

Dans un autre, un mercier qui avait placé son cheval sous la garde de Dieu et du seigneur du lieu, le trouve dépecé par les loups. Il va alors chercher le seigneur et lui demande de le dédommager; celui-ci lui donne en effet la moitié du prix du cheval; pour le reste, qu’il s’adresse à Dieu. Un moine en vient à passer par là:
A quel seigneur appartenez-vous?
lui demande le mercier.

Je n‘appartiens à nul autre qu’au Seigneur Dieu.
Alors rendez-moi trente sous.

Les deux plaideurs demandent le jugement du seigneur local, qui place le moine devant l’alternative: soit il se dédit de son seigneur et renie Dieu, soit il paie la somme.

Le fabliau cesse d’exister comme genre au milieu du XIVe siècle au profit d’une part de la nouvelle en prose et d’autre part de la farce théâtrale.

Le Roi et le conteur

Un roi avait un ménestrel qui l’amusait de ses récits.

Celui-ci avait, une nuit tant conté, qu’il n’en pouvait plus et qu’il voulait aller dormir. Le roi ne le lui permit pas, l’invitant à conter encore et à dire une longue histoire; puis il irait se reposer.

Le ménestrel se rendit compte qu’il ne pouvait faire autrement, et c’est ainsi qu’il commença:

Un  homme qui avait cent sous voulut acheter des brebis; il en acheta donc deux cents, chacune coûtant 2 deniers, puis les poussa vers sa maison. Mais on était dans la saison où les rivières sont en crue, où les eaux sortent de leur lit. Ne pouvant pas trouver de pont, il se demandait où passer. Enfin il trouva une barque qui était petite et légère et ne pouvaient y prendre place que le bonhomme et deux brebis. Le vilain embarque deux bêtes, puis vient s’asseoir au gouvernail et navigue tout doucement…

Là-dessus, le conteur se tut.

Son maître lui dit de poursuivre.

Sire, la barque est bien petite; la rivière à  franchir est large et les brebis sont très nombreuses. Laissons donc les brebis passer et puis nous reprendrons l’histoire.

Ainsi s’en tira le conteur.
(Barbazan, Le castoiement du pére à son fils.)

 

Les fabliaux devaient influencé La Fontaine, dans ses Contes et Balzac, dans ses Contes drôlatiques. Le fabliau Le Vilain mire, a fourni à Molière le sujet du Médecin malgré lui.

 

Exemples de fabliaux
•    La Vieille qui oint la paume du chevalier
•    Estula
•    Les Perdrix
•    Le Vilain Mire
•    Le Tombeur Notre-Dame (étant à la limite des contes pieux et des fabliaux)
•    La Housse partie
•    Les Trois Aveugles de Compiègne
•    Le Chevalier qui fis parler les cons
•    Merlin Merlot
•    L’Ange et l’Ermite
•    Le Chevalier au barizel
•    Le Rêve des vits
•    La Demoiselle qui ne pouvait pas entendre parler de foutre
•    Brunain la vache au prêtre, de Jean Bodel
•    De Gombert et les deus clers, de Jean Bodel
•    Les Trois Bossus
•    Le prêtre qui eu une mère malgré lui
•    Le Prudhomme qui sauva son compère
•    La femme du marchand

 





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