200 squelettes dans la cave

Une découverte étonnante.

200 squelettes retrouvés dans les caves du Monoprix

200 squelettes dans une fosse commune à Paris
200 squelettes dans une fosse commune à Paris

Depuis le début d’année 2015, une équipe de chercheurs de l’INRAP, l’Institut National de Recherches Archéologiques Préventives, fait des fouilles sous le sol, dans les caves du Monoprix de Réaumur Sébastopol (IIe arrondissement) à Paris (immeuble Félix-Potin, où se trouvait jadis le cimetière de l’hôpital de la Trinité, fondé au XIIe siècle en 1202 par 2 nobles allemands mais détruit à la fin du XVIIIe siècle), exhumant des squelettes datant du 12ème siècle. Plus de 200 squelettes, soigneusement disposés dans des fosses communes, ont été mis au jour et cent cinquante squelettes ont déjà été exhumés.

Extrêmement bien conservés, les 200 squelettes correspondent aux restes d’un cimetière du Moyen-Âge.

En 1353, au plus fort de la peste noire, l’hôpital a également ouvert un cimetière, qui a fourni une activité lucrative pour les religieux qui opéraient l’hôpital. Pendant cette période catastrophique, des centaines de personnes par jour mouraient à l’Hôtel-Dieu de Paris, le plus ancien hôpital de la ville, et l’espace funéraire était difficile à trouver dans la ville surpeuplée

En effet, au moment de la désaffection du cimetière, après la Révolution française, les restes des défunts avaient été transférés en partie aux Catacombes de Paris où ils sont toujours. Dans les années 1500, l’hôpital de la Trinité a été converti en un site où les petits garçons et les filles étaient formés comme apprentis. Vers les années 1700, le site est tombé en ruine. Pendant la Révolution française, l’hôpital a été détruit et les structures restantes ont été transformés en écuries pour les animaux.

«Mais apparemment, le travail n’a pas été bien fait», note l’archéologue Isabelle Abadie, qui dirige les fouilles. «C’est la première fois qu’un cimetière hospitalier est fouillé à Paris», souligne-t-elle en rappelant qu’on en a déjà trouvé à Marseille et Troyes notamment.

Fosse commune Paris
Fosse commune Paris

Tous les squelettes découverts sont-ils ceux de personnes mortes de la peste ou décédées à cause d’une famine ? Les équipes de l’Inrap s’interrogent car une chose semble certaine : les défunts ont succombé en masse…

Huit fosses communes déjà découvertes. Sept d’entre elles comptent entre cinq et vingt individus, déposés sur deux à cinq niveaux. La huitième fosse, la plus impressionnante, a permis de découvrir plus de 150 squelettes, disposés sur plusieurs niveaux. «Mais il reste encore une autre couche en dessous», prévient  Isabelle Abadie.  Cent cinquante défunts qui semblent être décédés à la même date et témoigner d’une crise de mortalité dont il s’agira de trouver la cause : épidémie, maladie particulière etc…

«Dans le cadre du réaménagement du magasin, nous avons décidé de supprimer un promontoire qui se trouvait au deuxième sous-sol, ce qui a déclenché des fouilles préventives», explique Pascal Roy, directeur du magasin. «Nous nous attendions à ce qu’il reste quelques ossements dans la mesure où cela avait été un cimetière mais pas à trouver des fosses communes», ajoute-t-il, très étonné.

Fièvre, peste, famine… le mystère reste entier

Sur un terrain sablonneux, des dizaines de squelettes bien conservés sont alignés les uns contre les autres. Les individus semblent avoir eu les bras croisés et les jambes serrées, laissant penser qu’ils étaient enveloppés dans un drap ou un linceul. «Ce qui est étonnant, c’est que les corps n’ont pas été jetés mais déposés avec soin, de façon organisée. Les individus, hommes, femmes, enfants, ont été placés ‘tête-bêche’ sans doute pour gagner de la place», montre l’archéologue. Le tout, en une seule fois, sur plusieurs niveaux.

«Cela laisse à penser qu’il y a eu beaucoup de décès d’un coup. Reste à trouver la cause de cette crise de mortalité : épidémie, fièvre, famine… Paris a été frappée par plusieurs épidémies de peste au XIVe, XVe et XVIe siècles. La capitale a aussi été touchée par la variole au XVIIe», rappelle-t-elle.

Les fouilles doivent se terminer avant le 20 mars

Fosse commune Paris
Fosse commune Paris

Les restes osseux ne présentent pas de lésions permettant d’identifier la cause de ces décès en masse. Des prélèvements ADN sont en cours pour tenter de la déterminer. Ils permettront aussi d’établir d’éventuels liens génétiques entre les individus. Des datations au carbone 14 vont également être réalisées pour comprendre à quand remontent ces fosses communes. Les archéologues ont trouvé quelques morceaux de céramique médiévale et de période plus récente. L’étude anthropologique des squelettes devrait apporter des renseignements sur les individus (âge au décès, sexe…). L’étude des textes et plans anciens de Paris devrait compléter les recherches.

A présent, une course contre la montre est engagée pour les archéologues : ils doivent avoir terminé les fouilles d’ici au 20 mars, afin de permettre au magasin de mener ses travaux. Les restes osseux seront ensuite étudiés sur un site de l’Inrap. «Ils seront traités avec respect», déclare Jean-Pascal Lanuit, de la Direction régionale des affaires culturelles Ile-de-France. Ensuite, «l’Etat se chargera de trouver un endroit» pour les défunts.


Vidéo sur les fouilles

Photos: Denis Gliksman, Inrap